L’homme à la barre s’appelle Jeff Bezos

Self-made man, Jeff Bezos s’est éloigné d’une prometteuse carrière dans la finance pour créer Amazon, qui le hissera au sommet : plein phare sur l’homme le plus riche du monde(i).

À 30 ans, Jeff Bezos s’est élancé sur le tremplin de l’économie numérique pour vendre des livres. Vingt-cinq ans après, il vend toujours des livres, plein de livres, mais pas que. L’Américain possède moult entreprises, dont un grand quotidien indépendant et une usine de vaisseaux spatiaux, enfin… des fusées, quoi. Il a ses détracteurs, ce qui est de bonne guerre, et on ne peut que lui reconnaître de sacrées dispositions pour mener sa barque. Qui est-il ? Comment fait-il ? D’où vient-il ?

 

PARTI DE LOIN

 

Jeff naît en 1964 dans la capitale du Nouveau-Mexique d’une mère encore scolarisée (elle a 17 ans) et d’un père qui vend du vélo en tout genre (il pratique aussi le monocycle). Le papa abandonne mère et nourrisson, et là, on se dit pas de chance. À 4 ans, il se fait adopter par Miguel, le nouveau mari de sa mère, jeune immigré mexicain. Pendant son enfance (qu’il décrit comme dorée, quand il en parle sur Twitter), il fréquente une école d’inspiration Montessori. Vous nous voyez venir ?

 

Miguel finit ses études et bosse comme ingénieur junior pour Exxon. On sort du pathos. D’autant que du côté maternel, le grand-père dirigeait une antenne régionale de la Commission à l’énergie atomique des US. Eh bien, ce qu’on sait, c’est que, retraité, il s’occupe un peu de son petit-fils, l’été, dans son ranch au Texas, et il lui apprend quoi ? À castrer les taureaux. Si, si(ii). Ça vous forme un homme. Sinon, dans la rubrique créativité, le petit Jeff bidouille tout le temps avec des outils et regarde Star Trek à la TV. Voilà un peu les infos qu’on trouve sur l’enfance high-tech du bonhomme.

FULGURANCE

 

Sorti de Princeton, il refuse un poste lucratif pour tenter l’aventure dans une jeune start-up. Voilà un signe que le bonhomme a du cran. Mais après deux ans, il change son fusil d’épaule pour s’impliquer dans la finance. L’avenir semble plein de promesses : il se donne à fond pour son fond… de pension, qui le lui rend bien : il y trouve sa future femme et devient vice-président de la société. Mais là, il tique : cette histoire d’Internet prend des proportions alarmantes : les chiffres de croissance, c’est du jamais vu. Après tout, notre jeune homme est un libre-penseur élevé par Montessori… En 1994, les chiffres annonçaient une croissance annuelle de plus de 2 000 % pour les entreprises du Web. C’est beaucoup ! Alors, pour, dit-il, ne pas avoir de regrets à 80 ans, il lâche tout et fonde, grâce à de l’argent prêté par sa famille, son « site qui vend des livres par correspondance », car il se cantonne d’abord au projet le plus raisonnable.

 

Dès le début, les clients sont au rendez-vous, ça marche pas mal, c’est-à-dire que ça devrait commencer à être rentable d’ici l’an 2000. Et les investisseurs sont là aussi (la « bulle Internet », vous vous souvenez ?). C’est ainsi qu’Amazon fait son entrée en Bourse en 1997.

 

Onze ans plus tard et Jeff Bezos est la plus grande fortune du globe.

 

LES À-CÔTÉS

 

Jeff a fondé de nombreuses sociétés en rapport avec Internet et a aussi racheté pas mal de concurrents. Il rachète aussi une société qui fabrique des robots.

 

Jeff possède diverses entreprises, dont les bébés d’Amazon, et il rachète à tour de bras, d’abord les concurrents d’Amazon (AbeBooks, etc.), puis des start-up, une société qui fabrique des robots : Kiva Systems. Enfin, en 2013, Jeff achète le Washington Post (le journal qui a révélé l’affaire du Watergate). La presse indépendante en prend-elle un coup ? En fait, il n’y a que le président Trump qui a l’air de s’en plaindre, alors ça confirmerait plutôt le contraire.

 

En 2000, enfin, il fonde l’entreprise Blue Origin, destinée aux voyages dans l’espace. Le lanceur réutilisable, qui revient à la base se poser à la verticale, devrait participer à la baisse drastique des coûts de lancement des fusées et autres satellites. C’est un peu comme le SpaceX d’Elon Musk, l’autre jeune milliardaire plein d’idées qui veut aider la NASA avec son argent et ses idées. Bezos a proposé à Trump de lui réserver une place dans une de ses navettes. Ça sonne comme une menace, non ? Ce n’est qu’à moitié une blague : les fusées proposeront de temps en temps des sorties « juste pour le fun » vendues aux millionnaires intéressés, pour renflouer les caisses de l’entreprise.

 

CONTROL FREAK

 

Jeff est pas mal critiqué au sein même de son conseil d’administration. Il paraît qu’il fout les jetons à tout le monde. On dit que c’est un control freak, un patron qui veut tout décider, tout maîtriser.

 

Tout n’est pas que réussite dans ses entreprises, il a dilapidé des centaines de millions de dollars pour des projets qui se sont lamentablement vautrés (sa tentative de vendre des produits pour animaux de compagnie – mauvais timing, sans doute –, son expérience ratée avec le Smartphone Fire Phone…). Mais ce sont des anicroches dont il ne pourra pas dire « j’aurais dû essayer ».

LES PETITS PLUS DANS LES PETITS MOINS

 

Jeff, qui a lui-même suivi une éducation façon Montessori quand il était petit – comme Larry Page et Sergey Brin, les fondateurs de Google, soit dit en passant – a fait don cette année d’un milliard de dollars en faveur d’établissements Montessori pour déshérités aux US. Voilà qui est sympa ! De quoi redorer son blason mis à mal par l’annonce, en mai 2014, de son élection comme « pire patron au monde » (sondage mené par la Confédération syndicale internationale représentant 180 millions de travailleurs de 161 pays, ce n’est pas juste une association de voisins en colère) en termes d’évasion fiscale et de conditions de travail pénibles (dans les entrepôts, les salariés Amazon marcheraient plus de 24 kilomètres par jour…).

 

ET MAINTENANT, ON FAIT QUOI ?

 

En 2016, Amazon ouvre un partenariat avec Google, Facebook, Microsoft et IBM pour développer une intelligence artificielle qui serait « au service des citoyens et de la société ». Vœu pieux ! Quoi qu’il en soit, tous les résultats de leurs recherches seront publiés sous « licence ouverte ». Ça ne ferait pas un peu penser à cette marque d’essence pour voitures qui axait sa communication eco-friendly autour de la nature et du développement durable ?

 

Quand on sait que le monsieur se targue d’être transhumaniste (pour qui la technologie est la solution aux grands problèmes de l’humanité… comme la mort), on voit où il veut en venir.

 

Jeff projette de développer son service de livraison par drone, Amazon Prime Air. Il commencera par l’Inde, où il a déjà investi quelques milliards et où il aimerait ralentir l’implantation de son concurrent chinois Alibaba. À suivre.

 

Avec Amazon Go, Bezos développe aussi un projet de supérettes sans caissière. Trois mille petits entrepôts Amazon – sans les colis et les tapis roulants – où les clients vont eux-mêmes faire leurs achats. Ouais, un commerce de proximité, quoi, mais sans la promiscuité avec une caissière. C’est petit joueur pour quelqu’un qui prophétisait en 2000 dans le magazine Wired pas moins que « la fin des centres commerciaux(iii)» ; le voilà qui se cantonne à « la fin des centres commerciaux qui donnent du travail aux caissiers et caissières ».

 

Donc, du projet, il y en a, il ne faut pas se voiler la face. Le magnat Jeff Bezos a un gros, gros potentiel.

 

Encarts, anecdotes (200-300 m)

 

• Fan de Star Trek depuis tout petit, son projet était de se fabriquer une navette spatiale, en cas de nécessité, car, disait-il, « l’avenir de l’humanité n’est pas sur Terre(iv) ». Il finit par obtenir un rôle d’alien dans le dernier Star Trek au ciné.

 

• Historiquement, il y a un gros antagonisme avec Apple. Amazon crée le Kindle (le MP3 de la littérature) pour s’éviter une deuxième bérézina à cause de l’iPod(v).

 

• Avant de s’appeler Amazon, Jeff tâtonne et fonde Cadabra… Puis il regrette, avec l’accent américain, ça sonne comme le mot « cadavre ». Alors il cherche à nouveau. Finalement, il choisit Amazon, du nom du fleuve qui traverse la forêt brésilienne(vi). Et non, pas par admiration pour Wonder Woman. En vrai, Jeff a cherché dans le dictionnaire des mots commençant par la première lettre de l’alphabet, pour être plus visible dans les sites de référencement de l’époque.

 

• La fortune de Jeff, ce sont ses 16 % de parts qu’il détient en son nom. Lors de la journée du black friday de 2017, alors que les ventes explosent et que le titre s’envole en Bourse, sa fortune personnelle augmente de deux… hum hum… de deux milliards et demi de dollars. Ben oui, la Bourse… En 2018, Trump l’accuse de frauder le fisc, l’action perd 9 %, Jeff est allégé de 10 milliards. La Bourse, on vous dit.

 

Sources :

i : Jeff Bezos, Amazon.com Architect, Tom Robinson, ABDO Publishing, 2010. – ii : Chip Bayers, « The Inner Bezos ». – iii : Chip Bayers, « The Inner Bezos ». – iv :  Hollywoodreporter.com – v : Amazon.com, History & Facts, Encyclopedia Britannica. Retrieved March 7, 2018.

 

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