Il reprend une entreprise charentaise de deux personnes. Sept ans plus tard, ils sont soixante-trois collaborateurs.

BERTRAND FAURIE
Dirigeant de HOMNIA

 

Cet entrepreneur charentais de 42 ans, instinctif, déterminé, empathique, est un ovni dans le métier du bâtiment qu’il a épousé il y a sept ans. Découvrez comment Bertrand Faurie, dirigeant de Homnia, a multiplié pas dix son chiffre d’affaires et renforcé le leadership de son entreprise sur le territoire pour en faire un fleuron local.

 

L’entrepreneur charentais (E.C.) : Qui es-tu Bertrand ? Raconte-nous d’où tu viens ?

 

Bertrand FAURIE (B.F.) : Je suis né à Soyaux en 1979. Mes parents m’ont fait pousser à Gensac-la-Pallue. J’ai mon grand frère enseignant, marié avec une enseignante. Et mes parents étaient enseignants. En fait, une grande partie de ma famille était dans l’enseignement.

 

Enfant, j’étais plutôt énergique, jovial, souvent en train de faire l’idiot et, à la fois, appliqué à l’école. J’étais le gamin avec des copains et beaucoup d’activités. J’étais toujours occupé à faire quelque chose. Je ne m’ennuyais jamais.

 

Aujourd’hui, je suis marié, et on a deux garçons de 13 et 9 ans, qui, d’ailleurs, nous donnent beaucoup de plaisir et de satisfaction à travers leur comportement, notamment.

 

E.C. : Quel est ton parcours avant de devenir dirigeant d’entreprise ?

 

B.F. : J’ai toujours vécu en Charente. J’avais des copains agriculteurs et viticulteurs. Je me suis orienté vers un bac général à l’Oisellerie, intéressé par l’agriculture. Puis j’ai obtenu mon bac scientifique aux forceps… J’ai poursuivi avec un BTS dans la production végétale. Ça ne m’a pas passionné…

 

Je l’ai enrichi avec un second BTS, commercial cette fois-ci. C’est là que j’ai commencé à vraiment prendre du plaisir. Ça devenait plus concret pour moi. Sans surprise, mon premier job a été celui de commercial dans la vente de produits destinés à l’agriculture. J’y suis resté dix ans. J’ai ensuite rejoint une autre entreprise, avant de revenir dans la première pour y encadrer des commerciaux cette fois-ci : mes ex-collègues. J’ai fait de très belles rencontres professionnelles qui m’ont fait grandir dans les domaines commercial et managérial, et plus généralement dans l’apprentissage de la vie.

 

Cette PME, qui m’a fait confiance quand j’avais 21 ans et qui m’a accueilli de nouveau en tant que cadre, était devenue un groupe multinational. À un moment, je ne me suis plus retrouvé dans cette organisation. J’avais besoin de latitudes, de capacités de décision supplémentaires, d’avoir la main. C’est à ce moment-là que je me suis lancé.

 

E.C. : Qu’est-ce qui t’a conduit à reprendre une entreprise du bâtiment ?

 

B.F. : Je viens d’un autre monde, celui de l’agriculture. J’ai d’ailleurs passé d’excellents moments avec les agriculteurs. Je suis ressorti de là avec une expérience commerciale et managériale très participative, très positive. Et, malgré les super moments, j’étais un peu frustré de ne pas « faire ». Signer des bons de commande est un carburant exceptionnel, mais on n’a pas ce sentiment d’avoir fait, élevé, créé, produit quelque chose. J’étais orphelin de ça.

 

J’avais des amis dans le bâtiment. C’est un domaine qui m’a toujours intéressé. Et puis, je me suis dit que j’avais des compétences à valoriser, que j’avais apprises. En parallèle, je trouvais que la menuiserie était un métier particulièrement beau. Le savoir-faire, l’expertise manuelle, la technique, et il faut de la matière grise aussi ! Bref. Je me rappelle que c’était un choix naturel, simple, évident même. J’avais envie d’y apporter une expérience client très orientée service, agréable, et de manager avec l’état d’esprit participatif dans lequel j’avais baigné durant dix ans.

 

E.C. : C’est en 2013 que tu t’es lancé. Raconte-nous.

 

B.F. : En effet, j’ai pris ma décision en automne 2013 exactement. J’avais 34 ans. Déjà, je ne me voyais pas partir d’une page blanche. J’ai donc recherché un fond artisanal, en menuiserie, à maximum une heure de route autour de chez moi. Et c’est à Royan que j’ai trouvé. Mon business plan réalisé et quelques démarches plus tard, mon entreprise Homnia était née. Je rachetais l’entreprise Fermetures Roy en mai 2014. L’activité était principalement constituée de fournitures et de pose de fenêtres et de portes. Elle avait acquis une belle notoriété en cinquante ans à Royan. Mais la pose, le cœur de métier, était sous-traitée. Elle reposait sur un salarié chargé d’affaires, le cédant, et générait 650 K€ de chiffre d’affaires. J’ai rapidement embauché un menuisier. C’étaient les débuts.

 

 

E.C. : Avais-tu le projet de te développer également à Cognac ?

 

B.F. : Absolument. Dès le départ, j’avais le projet d’installer une activité de menuiserie à Cognac. D’ailleurs, en septembre de la même année, je recrutais Benjamin pour développer ce secteur. Compagnon du tour de France, menuisier de métier, une dizaine d’années de chantiers et d’ateliers en menuiserie et en agencement, il venait de se former au métier de commercial. Il avait 25 ans. On a fait le pari ensemble, l’un sur l’autre. Il est aujourd’hui mon bras droit dans l’entreprise.

 

En janvier, on avait notre dépôt à Gensac-la-Pallue, et un petit bureau en préfabriqué qu’on a utilisé deux ans. On a pris notre bâton de pèlerin en tapant à toutes les portes.

 

E.C. : En 2017, combien étiez-vous dans l’entreprise ?

 

B.F. : Environ trois ans après la reprise, des équipes étaient montées à Royan et à Cognac, on était dix-sept personnes dans l’entreprise, et on réalisait 1,5 M€ de chiffre d’affaires. D’ailleurs, en avril 2017, on déménageait dans notre nouveau bâtiment situé à Châteaubernard. On posait notre première grosse pierre. Je me rappelle, à cette époque, on poursuivait le développement sur le secteur de Cognac. Plus visible, on osait pousser de nouvelles portes, de plus grandes entreprises, tout en restant très attachés à notre clientèle de particuliers. Le bouche-à-oreille se faisait ressentir. Des architectes et des collectivités locales nous avaient identifiés. On a commencé à gagner nos premiers appels d’offres en 2018. C’était important pour nous.

 

E.C. : Tu as fait le choix de diversifier tes activités. Comment cela s’est-il fait ? Et combien êtes-vous dans l’entreprise maintenant ?

 

B.F. : On a toujours eu en tête de multiplier nos compétences, toujours dans le domaine de la menuiserie. Ça s’est fait de deux façons. D’un côté, j’intégrais naturellement dans l’entreprise des personnes qui avaient des expériences et des savoir-faire complémentaires. C’était une opportunité de les ajouter à notre palette d’offres.

 

Aussi, fin 2018, on s’est intéressés aux métiers de l’agencement et de l’ébénisterie. On est donc entrés en contact avec l’entreprise Patrick Chevalier à Chérac, qui comptait sept personnes. Il a été décidé de la racheter en janvier 2020. C’était notre première opération de croissance externe. On a alors pu ajouter et renforcer un nouveau métier chez Homnia.

 

Pile un an plus tard, mon collègue et voisin me proposait de racheter son atelier de fenêtres et d’escaliers en bois, qui comptait dix collaborateurs. J’ai saisi l’opportunité.

 

Tout cela entrait parfaitement dans le projet qui m’animait : intégrer un savoir-faire interne, notamment en agencement et en ébénisterie, et être un acteur local important dans les métiers du bois, reconnu pour la qualité de ses prestations et de ses réalisations.

 

Aujourd’hui, l’entreprise peut compter sur ses soixante-trois collaborateurs et elle réalise 7 M€ de chiffre d’affaires.

 

E.C. : Comment expliques-tu cette croissance ?

 

B.F. : (réflexion) Par notre obsession de l’attention portée à nos clients, je crois. Vraiment. Ils sont au cœur du projet de l’entreprise depuis le début.

Autre explication certainement : on a osé. J’ai osé. Les gens ont osé avec moi. J’ai été entouré des bonnes personnes. Et puis, le soutien de ma famille, évidemment.

 

Ah oui. Un autre élément : jusqu’en 2017, le marché de l’emploi n’était pas celui d’aujourd’hui. Il y avait un vivier de bons professionnels sur le marché de l’emploi. Aujourd’hui, les candidatures sont plus rares. Elles se font d’ailleurs différemment, par la cooptation, la notoriété, notre marque employeur que l’on travaille.

 

E.C. : Ça a toujours été simple d’entreprendre ? Quelles ont été tes trois plus grandes vraies épreuves ? Et comment les as-tu surmontées ? Raconte-nous.

 

B.F. : La première difficulté était de partir de pas grand-chose. Comme le dit l’expression : « Avec ma bite et mon couteau… » Tu le diras certainement autrement dans l’interview… (rires) J’avais mon expérience, des convictions, un savoir-faire commercial et managérial, mais qui n’est pas celui du cœur de métier, la confiance de ma femme (sans ça, tu ne pars pas !) et 25 000 €. Je ne sais pas si je le referais aujourd’hui…

 

La deuxième ? On est le 16 mars 2020. « Rentrez chez vous. » (silence – la voix coupée par l’émotion.)

Compliqué ce covid… Ça a été un choc. T’es plein d’énergie, toute l’entreprise est gonflée à bloc. Durant six ans on tape dedans, on s’éclate. Tout est possible. Et là, le choc. Compliqué. On doit improviser chaque heure de la journée. Tu tiens les gens informés de ce que tu ne sais pas. Tu essayes des trucs, maladroitement. Parce que tu ne sais pas comment faire dans ces moments-là. T’es pas préparé à ça. Y a pas d’école pour ça.

Et puis, quand tu reviens, certains ne sont plus les mêmes. Leur engagement a été malmené. Et une fois de retour, double coup de massue, la situation fait qu’on doit tous fournir encore plus d’efforts. L’entreprise en a un besoin vital, elle aussi malmenée. On a passé six mois compliqués… Rien d’original. Tout le monde l’a vécu. Mais ça m’a marqué. Depuis, les personnes ont retrouvé l’énergie, et moi aussi ;). C’est derrière nous. Mieux encore, on vit un rebond d’activité génial, qui est d’autant plus agréable et énergisant. Heureusement.

 

 

E.C. : Avant de te lancer dans l’entrepreneuriat, comment voyais-tu la fonction ? Essaie de te souvenir.

 

B.F. : Être entrepreneur m’anime depuis l’âge de 20 ans. J’ai toujours eu dans un coin de ma tête une phrase que je me répétais : « Un jour j’aurai ma boîte. » Je ne savais pas vraiment où ça allait me porter, mais je le voulais.

Et puis, j’avais des exemples sympas dans la famille. Un oncle de mon père, des gens qui avaient leur boîte. J’étais plutôt admiratif de ces gens-là, d’ailleurs. Leur engagement, leur responsabilité, qu’il faut porter.

 

E.C. : Comment ça se matérialise pour toi, l’engagement de l’entrepreneur ?

 

B.F. : L’engagement vis-à-vis des collaborateurs : leur offrir un job, un salaire et un projet dans l’entreprise (en adéquation avec les besoins de l’entreprise, bien sûr). L’engagement dans ta vie perso : ça éclabousse la famille, largement. Entendre parler de l’entreprise régulièrement… Ils me voient fatigué, préoccupé, et à la fois ils me savent heureux comme ça. L’engagement qui s’étend même à ta conjointe, ton conjoint. Ma femme m’a toujours soutenu, m’a fait confiance. C’est indispensable.

 

L’engagement de l’entrepreneur, c’est être fiable vis-à-vis de toutes les parties prenantes. La banque qui te prête de l’argent. Bref. L’engagement de l’entrepreneur, c’est tout ça.

 

E.C. : D’après toi, quelles qualités sont essentielles pour être un bon entrepreneur ?

 

B.F. : D’après moi, il faut être enthousiaste et avoir profondément envie. Faut bosser. J’enfonce une porte ouverte… mais c’est bon de le redire. Une qualité importante : imaginer le coup d’après. Donner du sens aussi, faire adhérer les personnes qu’on embarque avec soi. On n’entreprend pas seul. Et puis, avoir un sens des responsabilités très très affûté.

 

E.C. : Quelle citation ou quel proverbe te donne de l’élan, t’inspire, te guide, Bertrand ?

 

B.F. : Une phrase revient souvent : « Ça va s’arranger. » (sourire) Ce sont mes collaborateurs qui me rappellent que je le dis régulièrement. Ça va forcément s’arranger puisqu’on va trouver une solution. Parfois, c’est le temps qui nous aide, d’autres fois, c’est la matière grise à plusieurs, ou quelqu’un qui prend son courage à deux mains… Parfois, c’est tout ça en même temps. Bref. Ça s’arrange toujours :)

Je crois sincèrement que c’est à chaque fois le cas. D’une situation difficile, on en ressort toujours quelque chose d’intéressant, de positif, une opportunité. Ma mère me disait : « Tu es né sous la bonne étoile. »

 

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