Philippe François

L'interview.

Philippe François
/ MPCP
D’entreprise artisanale
familiale à PME reconnue,
itinéraire d’un acharné

Comme à chaque édition, L’Entrepreneur Charentais vous propose
un parcours inspirant, ancré sur notre territoire. Dans cette 17ème édition,
nous mettons en lumière l’itinéraire d’un entrepreneur charentais,
un homme de terrain, d’engagement et de transmission,
dont le parcours résonne comme celui d’un véritable entraîneur :
exigeant, humain et profondément attaché à son équipe.
Une rencontre sincère, à l’image de celles et ceux qui font vivre
l’entrepreneuriat en Charente.

L’interview en version intégrale disponible
dans notre magasine et sur Youtube.

Mickaël Crenn (M.C.) : Philippe François, patron engagé, entrepreneur acharné, père présent, amateur de sensations fortes, tu incarnes une vision de l’entrepreneuriat faite d’engagement et de transmission. Merci d’avoir accepté cette interview et je te laisse te présenter.

Philippe François (P.F.) : J’ai 57 ans, je vis avec Aurore, et j’ai deux enfants, Baptiste et Elsa. Je trouve que tu résumes bien qui je suis dans ce chapeau ; tu as dû avoir de l’aide !

M.C : Qu’est-ce qui te revient en premier quand je te parle de ton enfance ?

P.F : Ce sont les choses que j’ai apprises, que j’ai faites très tôt. Il faut savoir que j’ai commencé le rugby à sept ans. Nous étions une grande famille, et le rugby m’a inculqué des valeurs
de respect, de bienveillance et d’humilité. J’ai toujours travaillé dans ce sens-là. Pour moi, le sport a toujours été un vecteur pour grandir et m’améliorer.

M.C : Tu étais un enfant plutôt sage, plutôt rêveur, plutôt turbulent ?

P.F : J’étais à la fois sage et un peu fantasque. Je faisais rigoler les autres, et l’école… ce n’était pas ma tasse de thé. J’y allais parce qu’il fallait
y aller, mais ce n’était pas ma priorité. J’ai arrêté l’école après le bac : il fallait le passer. Je l’ai passé, mais ce que je voulais absolument, c’était travailler.

M.C : Et tes parents dans tout ça ? Quel rôle ont-ils joué dans ta construction personnelle ?

P.F : Ils étaient assez cools au quotidien quand j’étais plus jeune. Mon père était plutôt ouvert à l’idée de travailler tôt. En revanche, pour lui, la valeur travail était essentielle : il fallait donc commencer très jeune. À l’adolescence, on ne pouvait pas rester à la maison à ne rien faire, il fallait travailler pendant les grandes vacances. Sa voie, pour lui, c’était le travail.
C’était parfois un peu dur, c’est vrai, mais au moins il nous a inculqué les valeurs du travail et de la persévérance.

M.C : Si je te dis culture de l’effort, travail, dépassement…

P.F : C’est clairement lui qui, par son exemple, et ma mère aussi, qui travaillait beaucoup pour l’entreprise, nous ont transmis cela, puisque
ce sont eux qui ont créé cette entreprise. On les a toujours vus travailler, tous les jours. Évidemment, quand on a ce modèle en face de soi, on reproduit les mêmes choses.

M.C : Je sais que le rugby, on en a déjà parlé au début de l’interview. Ce sport a été présent très tôt dans ta vie. Qu’est-ce que cela t’a appris ? Qu’est-ce que cela t’apprend encore aujourd’hui, et comment cela guide-t-il tes choix au quotidien ?

P.F : J’avais sept ans quand j’ai commencé le sport. Comme tout le monde, j’étais assez grand et assez fort. Le foot, en revanche, ce n’était pas du tout pour moi. Je n’étais même pas vraiment dans l’équipe, et mon père a vite compris que je n’avais rien à faire là.

Un jour, il m’a emmené au SCA. Quand ils ont vu ma taille et celle de mon frère, ils se sont dit : “Ce sont des grands gaillards, ça va être chouette !” Et je suis resté là-bas. J’y ai rencontré mes meilleurs amis et j’y ai joué à plutôt bon niveau. Le rugby m’a appris l’amitié, les valeurs, l’entraide, le dépassement de soi, et aussi le courage d’entrer sur un terrain, parce que le coup d’envoi n’est pas toujours facile. Être entre potes, ça a quelque chose de vraiment génial. Quand on atteint un certain niveau, le sport devient très prenant. J’ai joué au niveau régional puis au niveau national junior ce qui correspond aujourd’hui aux espoirs pendant trois ans. 

C’était quelque chose de grisant. Je peux le dire : ce sont sûrement les meilleures années de ma vie à ce moment-là. En junior, durant ces trois années, j’ai joué avec des personnes un peu plus connues, comme Fabrice Landreau, qui a ensuite dirigé Grenoble. On a joué longtemps ensemble et on est toujours amis. Le voir évoluer ensuite en équipe de France, pour nous, c’était un exemple immense et une vraie fierté. Je me souviens très bien de sa première sélection : il était venu nous voir avec la tenue de l’équipe de France. Pour nous, c’était incroyable.


On se disait : “C’est notre Titi, il joue en équipe de France.” Je crois même qu’on était encore plus heureux que lui.

M.C : Est-ce que tu as su, à un certain âge, ce que tu voulais faire de ta vie ? Ou le savais-tu déjà ?

P.F : Alors là, non. Non, pas du tout. Ma vie s’est construite au fil des rencontres. Je suis parti à l’armée, je voulais être gendarme. J’intègre donc le service et je fais mon année. Je reste ensuite instructeur en tant que gendarme, parce que je ne voulais pas partir en Guyane. Au bout d’un an de gendarmerie, je retourne à la maison et je travaille dans l’entreprise de mes parents, parce qu’il fallait travailler. Je manipulais certains produits spécifiques et je suis devenu allergique. 

J’ai donc dû arrêter. Un soir, un fournisseur vient voir mon père et lui parle d’un projet d’agence à Angoulême, qui s’appelait Grassin Décors, et qui recherchait un livreur. Je me suis dit : pourquoi pas. Le lendemain, j’étais convoqué à la maison mère, à Poitiers. Je rencontre le patron, Monsieur Bruno Bazin. L’entretien a duré trois heures : dictée, rédaction, calculs… Ce n’était pas trop compliqué, je m’en suis bien sorti, et le lendemain, je démarrais. 

J’ai commencé par faire des livraisons. L’agence ouvre, je fais toujours des livraisons, et ça fonctionne tellement bien qu’on me demande d’aller au comptoir. J’y vais, et je vends. Je vendais même mieux que le commercial. Quelques temps plus tard, ils m’ont donné les clés, la voiture, et ils m’ont dit : “Maintenant, tu vends. Les clients, c’est pour toi.” 

M.C : Tu avais quel âge à ce moment-là ? P.F : J’avais 23 ans ! J’étais un peu estomaqué qu’on me demande ça. J’y suis allé un peu à contre-cœur… Le premier client, j’ai dû faire trois fois le tour du pâté de maisons en voiture, tellement j’avais la peur au ventre. Les clients ne venaient plus à moi : il fallait aller chez eux, entrer dans leur intimité et vendre un produit. C’est moi qui initiait l’acte d’achat, en fait.

"J’y suis allé
un peu à contre-cœur…
Le premier client,
j’ai dû faire trois fois
le tour du pâté de
maisons en voiture, tellement j’avais la
peur au ventre."


C’était donc un peu plus complexe, et au bout d’un mois, je ne voulais plus rendre
les clés de la voiture. J’ai trouvé ce métier vraiment chouette et je l’ai exercé pendant seize ans. Au bout de ces seize années, on m’a proposé un poste plus important. À ce moment-là, mon père allait prendre sa retraite, et je me suis dit : pourquoi ne pas retourner dans l’entreprise ? Et c’est ce qui s’est passé.

M.C : Dans tout ça, il y a eu l’arrivée de tes deux enfants, Élisa et Baptiste. Qu’est-ce que cela a changé pour toi, dans ta perception des choses, dans ta vie et dans ta carrière ?

P.F : Ça fait grandir et ça nous rend un peu plus matures. Quand on a des enfants, on doit s’en occuper. C’est vrai que mon travail me prenait beaucoup de temps. En plus, nous avons construit la maison et j’ai tout fait moi-même. J’étais très pris et, avec le recul, j’ai manqué de temps avec mes enfants, un temps que j’essaie aujourd’hui de rattraper.

M.C : Je vais faire une pause sur la question de l’entreprise familiale pour m’intéresser à autre chose : ton engagement, ton rapport aux autres et au collectif. On m’a souvent dit que tu avais un tempérament exigeant, aussi bien envers toi-même qu’envers les autres.

P.F : Parce que, en tant que chef d’entreprise, on doit être un exemple. C’est-à-dire que je ne conçois pas d’arriver deuxième ou troisième au travail, au bureau. Je suis toujours le premier : c’est moi qui ouvre le bâtiment, le portail, c’est moi qui accueille. Je dois être, comment dire… exemplaire. Et c’est vrai
que c’est ce que je demande, en partie, à mes salariés. Je ne leur demande pas d’être comme moi, parce que ce n’est pas leur fonction : on n’est pas tous pareils. Mais si je ne suis pas un exemple d’abnégation et de persévérance, je ne pourrai pas les motiver dans ce sens-là. Et puis, c’est dans mon ADN.

M.C : Et comment tu gères cette frontière entre exigence et bienveillance ?

P.F : La bienveillance, pour moi, est primordiale. Le respect des femmes et des hommes, le respect des personnes : si on ne l’a pas, ce n’est pas la peine de faire ce métier de chef d’entreprise. Je ne conçois pas de parler à quelqu’un de manière virulente. Je cherche d’abord à le connaître, à comprendre pourquoi il a un problème, afin de percevoir s’il y a un souci. Mais il faut toujours être bienveillant.

La première chose, c’est d’avoir le sourire le matin. Ce n’est pas grand-chose, mais quand on sourit et que les gens arrivent, ça leur fait du bien. Ils prennent un café, échangent quelques mots… Beaucoup viennent me voir avant de commencer, pour discuter un peu, échanger. Ça arrive encore aujourd’hui, avec certaines personnes, et ce depuis vingt ans. Il y a beaucoup de respect, et j’en ai autant pour eux que pour moi. C’est essentiel.

M.C : Aurore m’a déjà fait remarquer que, parfois, ce n’est pas facile pour toi d’accepter que tout le monde n’ait pas la même intensité de travail que toi.



Comment as-tu vécu ces premiers moments- là ? Est-ce qu’il y a eu des nuits blanches, des moments de doute ? Car il y a aussi la famille que l’on met en péril, à un moment donné. Comment as-tu vécu tout cela ?

P.F : C’était très compliqué, parce qu’il a fallu racheter l’entreprise et qu’aucune banque ne voulait me prêter de l’argent. J’ai eu la chance de rencontrer une personne de la BTP Banque, avec qui je suis encore amené à croiser aujourd’hui, notamment lorsque je suis à Bordeaux pour des réunions avec la Région. On se regarde parfois et on repense à ces moments-là. S’il n’avait pas été là, je ne serais sans doute pas en train de te parler aujourd’hui. Il m’a aidé à trouver des financements auprès d’une autre banque, parce que le risque, il ne voulait pas le prendre seul.

De mon côté, j’ai pris des risques personnels importants : j’ai hypothéqué la maison, j’en ai parlé à personne. J’ai fait des choix qui auraient pu être dramatiques. À ce moment-là, je me suis dit qu’il fallait maintenant travailler, sans relâche. Mon objectif était simple : “Le jour où je pourrai payer mes fournisseurs, mes salariés et mes emprunts en fin de mois, sans trop de difficultés, alors j’aurai réussi.”

M.C : Ça veut dire que, pendant un laps de temps quand même conséquent, tu as vécu sans argent, sans salaire ?

P.F : J’ai eu un salaire, mais je l’ai divisé par deux pendant très longtemps. J’ai tellement vu mes parents souffrir… Il y a eu beaucoup de dépôts de bilan dans leur secteur, et ils ont perdu beaucoup d’argent à cause des impayés. Quand tu rentres le soir et que tu vois ta mère pleurer, ça fait quand même quelque chose. Ça marque. 

Moi, je me suis dit : je ne veux pas en arriver là. Ce que je veux, c’est réussir, mais surtout payer mes salariés et mes fournisseurs. Et si j’arrive à faire ça, sans avoir à “compter”, alors j’aurai réussi.

M.C : Est-ce que tu as ouvert d’autres services chez Plat Carr Peint Placards ?

À l’origine, il y avait la plâtrerie, le carrelage, la peinture, avec une part de marché plus importante sur certains pôles que sur d’autres. Toi, tu as plutôt fait évoluer l’entreprise vers une approche plus globale du second œuvre. Est-ce que tu as également développé les effectifs ?

P.F : Oui, je suis arrivé à neuf salariés pour finir à trente-cinq. Nous avons travaillé sur les appels d’offres, monté des dossiers techniques, et collaboré avec des usines et de grands donneurs d’ordres. Nous nous sommes modernisés sur de nombreux aspects : l’informatique, le travail des plans, l’organisation interne… Une réorganisation menée progressivement, étape par étape.

M.C : L’objectif a été de faire passer d’artisan à PME.

P.F : C’est un gap énorme. Ça m’a pris 4-5 ans pour y arriver.

M.C : À quel moment, au cours de ces quatre ou cinq années, t’es-tu dit que vous étiez en train de construire quelque chose de solide ? Est-ce au bout de cette période ? Ou y a-t-il eu un moment déclencheur ? Parce que quand on est jeune, dix ans, ça paraît long.

P.F : J’ai racheté l’entreprise en 2006, je crois, et ça fait environ sept ou huit ans que je me suis


dit : c’est bon, j’ai réussi, tout va bien. La boîte se comporte bien, on a de la trésorerie, on peut faire face aux impayés. À partir de ce moment- là, j’ai pu commencer à me faire plaisir : choisir davantage les clients, répondre différemment, faire un peu ce que j’avais envie de faire, tout en restant sérieux et en continuant à travailler aussi dur.

M.C : Vis-à-vis de la famille, comment gères- tu cette double casquette ? Car, au départ, tu as repris une entreprise artisanale créée par tes parents, que tu as transformée en PME. Quel a été leur regard ? T’ont-ils soutenu dès le début, ou bien y a-t-il eu des réserves, du type : “Je ne suis pas d’accord avec ce que tu fais” ou “Je donne mon avis, mais sans trop m’imposer” ?

P.F : Ils m’ont toujours soutenu. J’en parlais un peu, mais j’essayais de ne pas trop leur montrer les difficultés. Il y avait des moments compliqués, mais aussi de très belles choses. Ils ont toujours été bienveillants à ce sujet, très respectueux. De mon côté, j’essayais, en échange, de passer un peu plus de temps avec eux, le samedi notamment. Au contraire, ils m’ont beaucoup aidé.

M.C : On va maintenant parler de la réalité du terrain : les réussites, les difficultés et tout ce qui touche à la structuration de l’entreprise. On parle souvent des réussites, et c’est aussi l’objet de cet échange, mais il y a toujours des échecs. Si tu devais résumer ces vingt dernières années en tant que chef d’entreprise, que dirais-tu ?

P.F : Mon plus grand échec, c’est évidemment ma vie privée : elle en a pris un coup. Professionnellement, en revanche, ce sont plutôt des échecs ponctuels, comme le fait de louper un marché. Mais, malgré tout, c’est la vie privée qui reste la plus impactée. Je me dis que c’est un peu la vie, mais je me suis sans doute trop investi, comme beaucoup. Je ne suis pas le seul dans ce cas. On passe énormément de temps au travail, et ce temps-là, on ne le rattrape pas. Je pense que, dans ce sens-là, on est un peu des dinosaures.

M.C : Aujourd’hui, tu rattrapes le temps perdu avec tes enfants. Tu peux aussi te permettre de leur faire plaisir, de contribuer à leurs projets.

P.F : Ils ont tous les deux des projets de construction, donc je fais le maximum pour les aider. Je m’implique dans leurs projets. Si je peux apporter un petit coup de main, ce n’est pas un effort ; pour moi, c’est avant tout un plaisir.

M.C : Est-ce que, dans ton parcours, tu as déjà pensé à abandonner ?

P.F : Non. On ne peut pas abandonner. On ne peut pas laisser ses salariés sur le quai, parce qu’une aventure comme celle-là ne se construit pas tout seul. Évidemment, nous sommes un peu la tour de contrôle, mais sans les salariés, je ne suis rien. La bienveillance, c’est aussi ça. Nous embauchons des personnes qui vont nous aider. Bien sûr, je me disais aussi : “Mais ça va encore nous coûter cher…” Il y a toujours cette idée que l’entreprise doit durer, donc qu’il ne faut pas trop dépenser. Je n’ai pas toujours été le petit écureuil parfait, mais j’ai toujours fait attention. Quand on dépense, on le fait en conscience. Et ça, c’est valable toute une vie. L’argent est important pour l’entreprise, parce qu’il y a des femmes et des hommes derrière. Et avec le recul, on se dit parfois : “Ça fait dix ans que j’aurais dû l’embaucher.”

M.C : Est-ce qu’il y a eu des moments émotionnellement très difficiles à vivre ? Des périodes de creux, des licenciements, des séparations que ce soit dans le milieu entrepreneurial ou dans la sphère personnelle ? Des situations qui ont été particulièrement éprouvantes sur le plan émotionnel ?

P.F : Émotionnellement, ce qui a été le plus difficile, ce sont les départs à la retraite de certains salariés que je connaissais depuis très longtemps. Quand ils sont partis, je n’étais pas bien. Quand on bosse, on passe parfois vingt-

cinq ans de sa vie avec des personnes que l’on connaît, qui m’ont connu tout petit parce qu’elles étaient entrées dans l’entreprise de mon père avant moi… Ma séparation, évidemment, a aussi fait mal, notamment par rapport à mes enfants.


C’est toujours quelque chose de très dur à gérer. Mais une vie sans émotions, ce n’est peut-être pas une vie non plus…

M.C : Après cette réussite entrepreneuriale, être passé de neuf à trente-cinq salariés, j’aimerais aborder un autre moment clé. Il y a quelques années, tu as cédé l’entreprise que tu avais contribué à bâtir et dans laquelle tu es encore impliqué aujourd’hui. J’ai appelé cette étape “le lâcher-prise sans renoncer”, parce que tu restes presque aussi engagé qu’avant. Ma première question est donc la suivante : qu’est-ce que ça fait de céder une entreprise que l’on a aidé à construire ?

P.F : Alors, qu’est-ce que ça fait de céder ? Ça s’est vraiment fait un peu par hasard. À ce moment-là, je faisais du bureau. J’étais président de la Fédération du Bâtiment en Charente, et lors d’une soirée, d’une réunion de bureau, je lâche comme ça : “J’en ai vraiment marre, je vais vendre. J’ai envie de vendre.” C’était il y a environ deux ans et demi. Jérôme Etryhard, de l’entreprise TNS, l’entend et m’en reparle deux ou trois fois. Je lui dis : “Tu sais, il y a des moments où c’est compliqué”, puis : “Non, pas encore.” Et puis il revient à la charge. À un moment, je lui dis : “Tu la veux vraiment, ma boîte ? Attends, je la fais estimer, on regarde, et on en reparle.” 

Je fais estimer l’entreprise, je lui envoie les documents. Il me dit : “OK, on va faire la vente.” Au départ, c’était prévu en 50/50 : lui à 51%, donc majoritaire, et moi à 49%. Quinze jours avant d’aller plus loin dans la démarche, mon avocat m’appelle et me dit : “Philippe, je ne te conseille pas de vendre la moitié. Tu vends tout ou tu ne vends rien.” J’en parle avec Valérie, qui est quelqu’un de très proche pour moi. Je lui demande ce qu’elle en pense, et elle me répond : “L’avocat a raison.” Je rappelle donc l’avocat et je vais dans son sens. Mais je me dis : comment va-t-on l’annoncer à Jérôme ? Ce n’est plus le même montant, c’est le double. L’avocat me dit : “Je m’en occupe, je vais lui dire.” Lors de la réunion, l’avocat commence

à en parler, et je vois Jérôme devenir blanc comme un mur : “Ah oui… ce n’est plus pareil.” Finalement, après deux heures de discussion, tout le monde convient que c’est la bonne solution. Le temps de réunir les fonds, ils me rappellent deux mois plus tard pour me dire : “C’est bon, on rachète la société.” Entre l’accord de principe “oui, je rachète” et la signature finale, il s’est écoulé un an.

M.C : Il y a des phases de doute à ce moment-là ?

P.F : Oui, deux mois avant, je ne voulais plus vendre. Je n’en avais plus envie. Je ne l’ai pas dit à Jérôme, il l’apprendra peut-être ici, mais je me suis dit : je me sépare de mon bébé, ça va être compliqué. Comment vais-je le soutenir ? Comment vais-je faire ? Ce n’est plus à moi… comment vais-je être lâché ? Et puis non, parce que Jérôme est quelqu’un de bienveillant, qui me respecte beaucoup. Je pense que j’ai revendu à la bonne personne, quelqu’un de très humain.

M.C : La preuve, tu es resté aujourd’hui dans l’entreprise. Quel est ton nouveau rôle, puisque tu es passé de chef d’entreprise à salarié ?

P.F : Je ne suis pas salarié de la société : je travaille via ma holding. Je m’occupe du développement de l’entreprise, notamment sur les aspects marketing, les études et les projets. Et, bien sûr, je développe le réseau de la société.

M.C : Ça t’a permis de prendre d’autres responsabilités. Il y a d’ailleurs un point que je n’ai pas encore évoqué : aujourd’hui, tu es président de la Fédération Française du Bâtiment en Charente. C’est en lien direct avec ton expérience. Qu’est-ce que cela t’apporte personnellement, et qu’est-ce que ce rôle apporte aussi à l’entreprise aujourd’hui ?

P.F : Ce rôle-là, je ne l’ai pas vraiment choisi. L’ancien président était assis à côté de moi, et le hasard a voulu que je sois là à ce moment-là. Il a dit qu’il fallait élire un nouveau président, et tout le monde s’est tourné vers moi. Là, je me suis dit : “Bon… OK, je vais remplacer Jacques Authier.”


Je ne te cache pas que la première réunion n’a pas été simple… C’était il y a un an, à l’occasion des vœux. Mais c’est un super rôle, parce qu’il nous met en lien avec toutes les entreprises du bâtiment.

M.C : Pour toi, aujourd’hui, avec un peu de recul, le fait d’avoir vendu est-il un soulagement, une fierté, un deuil, ou un mélange des trois ?

P.F : Alors, pour être honnête, je pense que c’est avant tout un soulagement. En revanche, je reste toujours hyper motivé, ça c’est sûr. Je déteste perdre un marché. Quand on travaille sur une étude et qu’on ne l’obtient pas, je me demande toujours : où ai-je fait l’erreur ? Pourquoi ? Je me remets constamment en question, même à 57 ans. Et heureusement, parce que j’ai encore beaucoup à apprendre. Ça me permet de continuer à grandir, d’être encore plus performant sur les études de marché, sur les appels d’offres, sur les dossiers techniques… Oui, il y a un vrai soulagement.

M.C : Comment vis-tu aujourd’hui le fait de ne plus être le seul maître à bord ? De ne plus forcément prendre toutes les décisions, de te dire parfois : “J’aurais pu faire comme ci, comme ça, je n’aurais pas fait de cette manière-là”.

P.F : Je pense que j’ai la chance que Jérôme soit très à l’écoute. Quand j’ai une idée, j’en parle avec lui : il me dit oui ou non, mais il m’écoute beaucoup. Aujourd’hui, j’ai aussi la possibilité de choisir davantage ce que je veux faire et de me concentrer sur ce qui me plaît vraiment. Toute la partie RH, par exemple, je sais que ce n’est plus moi. Et puis, je ne suis pas forcément câblé pour ça. Ça ne m’empêche pas d’aimer les gens, bien sûr, mais quand les sujets deviennent trop complexes pour moi, on se réfère à Jérôme.

M.C : Pour finir sur cette vente, cette étape, ça t’a appris quoi sur toi-même ?

P.F : Aujourd’hui, c’est différent, parce que j’apprends à collaborer. Avant, j’étais le seul pouvoir de décisi

on sur tout. Maintenant, j’apprends à fonctionner autrement, notamment à travers Jérôme. Il est très important pour moi parce que nous sommes câblés très différemment.

Lui est très “dans les cases”, très structuré, très hiérarchisé, et c’est une vraie force. De mon côté, je suis un peu plus instinctif, je fonctionne comme ça vient, un peu comme un bon père de famille. Aujourd’hui, je me développe davantage dans ce que j’ai vraiment envie de faire.

M.C : Ils te restent quelques années devant toi. Combien de temps encore ?

P.F : La vente est faite. J’ai signé un contrat de cinq ans, il m’en reste quatre. Je pourrai peut-être continuer au-delà si Jérôme a besoin de moi. Je ne compte pas m’arrêter. Même après 61 ans, je chercherai encore à faire autre chose. J’ai des idées de développement sur d’autres projets.

M.C : On va clore le chapitre de la vente par la notion de conseil. C’est un sujet que, chez les entrepreneurs, on met très souvent de côté, parfois sans s’en rendre compte, parfois volontairement. Tu as évoqué le rôle déterminant de tes conseillers, notamment ton avocat, mais aussi ton expert-comptable dans le processus de vente. D’autant plus qu’à un moment, tu ne voulais plus vendre.

Tu l’as évoqué à l’instant, mais comment tu l’expliques ?

P.F : C’est vrai… Quand je m’engage dans quelque chose, je m’engage à fond, je le fais à fond, que ce soit pour un défi sportif ou dans le monde de l’entreprise. J’ai longtemps eu tendance à penser que tout le monde fonctionnait comme moi. Mais je vieillis, et je commence à comprendre tout cela. Comme je le disais, on est tous câblés un peu différemment, on n’a pas tous les mêmes attentes. Aujourd’hui, je comprends mieux
le pourquoi du comment pour certaines personnes.

M.C : Deux choses : on va parler de la colère, puis de la fierté, toujours sous le prisme de l’exigence et de la bienveillance. Qu’est-ce qui pourrait te mettre en colère au sein d’une équipe, que ce soit sur le plan personnel, sportif ou même entrepreneurial ?

P.F : Le mensonge. Je déteste le mensonge et les personnes qui ne me respectent pas. Ni moi ni leurs camarades. Je ne supporte pas que des collègues arrivent à l’heure et qu’ils attendent un quart d’heure parce qu’un autre est en retard. Une fois, deux fois, trois fois… c’est quelque chose qui m’agace profondément. Ça m’est arrivé il n’y a pas longtemps : j’ai pris cette personne à part et je lui ai dit : “Tes collègues sont là depuis un quart d’heure, ils t’attendent. Tu leur manques de respect.” Ça, c’est une chose qui m’agace vraiment.

M.C : À l’inverse, qu’est-ce qui te rend profondément fier de tes collaborateurs ?

P.F : Qu’ils fassent bien leur travail, et que nos relations se passent bien, qu’il y ait ce sourire, que les gens se sentent bien. Ça, ça me rend fier.

M.C : Je vais laisser de côté ces deux valeurs qui te sont chères, qui ont guidé tout ton parcours, pour revenir au volet professionnel. Tu as déjà évoqué l’apprentissage par le terrain avec Grassin. Tu as également fait une brève apparition dans l’entreprise de tes parents, qui s’appelait déjà, à l’époque, Plat Carr Peint. C’est à ce moment-là que je te propose de revenir : tu quittes Grassin et tu rejoins l’entreprise familiale.

P.F : Je pars donc de chez Grassin pour arriver chez Plat Carr Peint. Pour moi, c’est un peu compliqué, parce que j’entre dans un monde que je n’avais pas vu depuis vingt ans. Je change complètement de vie, je prends des responsabilités et je travaille avec mon père et mon frère. Je venais d’une structure où tout était très cadré, bien organisé, chaque chose à sa place. Et j’arrive dans une entreprise familiale, certes, mais où il a fallu remettre un peu de cadre et structurer les choses. Avec mon père, ça n’a pas vraiment matché, et il est parti deux mois plus tard.

M.C : Il avait quel âge quand tu es revenu ?

P.F : Il avait soixante ans et quelques, et il commençait à penser à la retraite. Il devait rester plus longtemps, mais ça ne s’est pas fait, pour quelques divergences. Aujourd’hui, on s’entend très bien, mais on n’a pas la même approche du travail. J’avais déjà un peu de réseau, du fait de mon poste de commercial sur la Charente. Le travail a donc commencé à arriver, et je me suis vite adapté à cette situation. En revanche, avec mon frère qui était un peu câblé comme mon père, nous avons dû trouver des solutions hiérarchiques : lui davantage sur les chantiers, moi sur la partie commerciale. Mais ça n’a pas très bien fonctionné, et nous avons finalement préféré nous séparer. J’ai racheté ses parts et je suis reparti seul.

M.C : Tu as repris l’entreprise familiale seul, après une courte période avec ton frère. C’est à la fois un honneur et une pression.

« J’ai fait des choix qui auraient pu être dramatiques. »


P.F : Oui, j’en fais un peu. Je participe à des “track days” avec certaines voitures que je possède. L’année prochaine, je ferai un championnat de France historique avec des copains. Je ne suis pas là pour faire des chronos, mais pour prendre du plaisir, et aussi pour apprendre, parce que j’ai besoin d’apprendre et de ressentir de l’adrénaline.

M.C : Le dépassement de soi continue. Derrière le dirigeant, il y a un homme, un père, un compagnon. Tu as évoqué le fait que le travail t’avait coûté des moments personnels. Comment, aujourd’hui, concilies-tu ton rythme de travail avec ton rôle d’homme et de père ?

P.F : Le fait d’avoir vendu va me permettre de dégager encore plus de temps pour moi, avec Aurore, et surtout pour mes enfants. Comme ils ont des projets de construction, je vais les accompagner, aussi bien physiquement que dans la préparation des projets. Être au plus près d’eux et leur transmettre mon savoir, c’est essentiel pour moi.

M.C : Je te ferai lire, en “off”, ce qu’Elsa m’a dit de toi. Quand elle parle de toi, on ressent une grande admiration. Pour moi, tu es son héros. Qu’est-ce que ça te fait d’entendre des mots comme ça ?

P.F : Avec Elsa, on ne s’est pas vus pendant quatre ans, au moment de ma séparation, et ça a été très compliqué. Aujourd’hui on se retrouve, et elle partage les mêmes passions que moi, notamment pour la voiture. On prenait plaisir à se retrouver le samedi : on prenait une voiture, on partait se balader. Et le top, c’est quand on est ensemble sur circuit. Je commence, je conduis, puis c’est elle qui prend le volant. Je suis à côté d’elle et je lui montre ce qu’il faut faire, ce qu’il ne faut pas faire… Là, c’est vraiment un moment de partage, d’émotion et de transmission, pour nous deux, dans la voiture. Et quand on sort du circuit et qu’elle me dit : “Papa, c’est génial !” Pour moi, ça vaut tout l’or du monde.

M.C : Aurore, ta compagne, te décrit comme un travailleur acharné, encore aujourd’hui. Quel rôle a-t-elle joué, et quel rôle joue-t-elle encore, dans ton équilibre ?

P.F : Aurore, comment dire… elle m’apaise un peu. Elle me dit souvent que je travaille trop. Je ne peux pas rester chez moi sans rien faire : si je n’ai pas de rendez-vous, j’ai besoin d’avoir un objectif. Ce n’est peut-être pas grand-chose parfois, mais j’ai besoin d’avoir quelque chose à faire, et Aurore m’aide à me canaliser. C’est aussi un moteur pour moi, parce qu’elle est un peu câblée comme moi. C’est quelqu’un qui ne peut pas rester inactive. On se complète pas mal à ce niveau-là.

M.C : Est-ce que, parfois, c’est difficile pour toi de te freiner ? Toi qui as toujours de nouveaux objectifs, de te dire qu’il faut lever le pied ?

P.F : Oui, j’ai 57 ans, mais dans ma tête, je n’ai pas 57 ans. J’ai toujours 20 ans, et je n’ai pas envie de vieillir. Je me dis qu’il me reste encore une quinzaine d’années, jusqu’à 70 ans, et je veux vivre plein de choses. Je veux les vivre maintenant. C’est aussi un moteur pour moi.

M.C : On va maintenant parler de ton regard sur la société actuelle, sur l’entreprise et sur l’entrepreneuriat. Nous connaissons tous les crises que nous traversons aujourd’hui. Sans entrer dans le sujet de la guerre même si elle a évidemment un impact, j’aimerais plutôt que l’on parle de la crise politique existentielle et de la crise économique. Aujourd’hui, quel est ton regard sur le monde de l’entreprise en France ?

P.F : Pour être entrepreneur, il faut vraiment avoir du cran, franchement. On a parfois l’impression que certains seraient contents de voir l’autre se casser la figure, et ça, c’est assez triste. Les relations humaines sont devenues plus complexes. Heureusement, nous avons la chance d’avoir cette fédération, où l’on prend plaisir à se retrouver, à échanger. Ces échanges nous permettent de grandir. J’aimerais qu’il y ait davantage de


bienveillance, que tout le monde puisse mieux s’entendre, que l’on avance dans la même direction. Qu’on ne soit pas uniquement dans une logique de confrontation, mais dans une concurrence saine. De la concurrence, il en faut : si l’on veut progresser, elle est nécessaire. Mais elle doit rester équilibrée et constructive, et c’est là que réside le vrai enjeu. Évidemment, il y a le monde politique, et puis il y a nous. Entre les deux, il existe aujourd’hui un fossé. On ne se comprend plus vraiment. Ils évoluent dans une autre sphère, ce qui crée une distance et rend notre quotidien encore plus complexe.

M.C : Est ce que pour toi c’est encore possible de réussir uniquement par le travail et l’effort ?

P.F : Oui, quand même. Oui, mais avec un peu plus de modération. Travailler étape par étape, s’entourer, ne pas avancer seul. Il faut parfois prendre ses décisions seul, mais surtout savoir s’entourer et travailler avec les technologies qui existent. Aujourd’hui, on n’y arrive plus tout seul : c’est devenu trop complexe.

M.C : C’est le moment où tu vas pouvoir te lâcher sur nos amis politiques. Que manque-t- il aujourd’hui aux entreprises pour durer ?

P.F : Que les politiques nous lâchent, qu’on n’arrête de nous imposer comme on nous impose en ce moment : des normes, des 1000 feuilles qui se rajoutent toutes les semaines, ça devient compliqué. Il faut une simplification des choses. On stresse aussi de peur d’avoir oublié quelque chose sur une déclaration, un courrier… Ça devient très compliqué. On vit dans un monde où tout est tendu, où on est tous déçus.

M.C : Tu as dit qu’il fallait des « cojones » pour être entrepreneur. Mais pour toi le plus grand malentendu autour du métier d’entrepreneur n’est-il pas potentiellement en rapport avec les salariés ou le côté hiérarchie ?

« J’ai fait des choix qui auraient pu être dramatiques. »

P.F : Pour certains, l’entrepreneur est perçu comme quelqu’un qui ne fait rien et qui gagne de l’argent. Mais c’est faux.

Pour moi, comme pour beaucoup d’autres, c’est totalement faux. Si nous avons réussi et j’insiste sur le mot “réussi” c’est parce que nous avons travaillé. Et je pense que ce que nous avons aujourd’hui, nous le méritons.

Mais pour mériter ce que l’on a, il ne faut pas chercher à courir après l’argent. Moi, je n’ai jamais cherché à gagner de l’argent pour gagner de l’argent. J’ai cherché à faire ce que j’avais envie de faire : créer quelque chose, créer une entreprise, créer une ambiance, un lien, un univers qui me ressemble, avec des gens que j’apprécie, et travailler avec eux.

M.C : La dernière thématique, je l’ai appelée “transmettre et inspirer”. L’idée, c’est de s’adresser aux auditeurs, mais surtout aux personnes qui vont lire ce magazine. Si tu devais donner un conseil à quelqu’un qui hésite à entreprendre aujourd’hui, quel serait-il ?

P.F : S’il hésite, qu’il n’hésite pas. S’il a vraiment envie, s’il croit en son projet, qu’il fonce. C’est sûr, ce ne sera pas facile. Il y aura des obstacles, et il faudra les franchir. Mais s’il


bienveillance, que tout le monde puisse mieux s’entendre, que l’on avance dans la même direction. Qu’on ne soit pas uniquement dans une logique de confrontation, mais dans une concurrence saine. De la concurrence, il en faut : si l’on veut progresser, elle est nécessaire. Mais elle doit rester équilibrée et constructive, et c’est là que réside le vrai enjeu. Évidemment, il y a le monde politique, et puis il y a nous. Entre les deux, il existe aujourd’hui un fossé. On ne se comprend plus vraiment. Ils évoluent dans une autre sphère, ce qui crée une distance et rend notre quotidien encore plus complexe.

M.C : Est ce que pour toi c’est encore possible de réussir uniquement par le travail et l’effort ?

P.F : Oui, quand même. Oui, mais avec un peu plus de modération. Travailler étape par étape, s’entourer, ne pas avancer seul. Il faut parfois prendre ses décisions seul, mais surtout savoir s’entourer et travailler avec les technologies qui existent. Aujourd’hui, on n’y arrive plus tout seul : c’est devenu trop complexe.

M.C : C’est le moment où tu vas pouvoir te lâcher sur nos amis politiques. Que manque-t- il aujourd’hui aux entreprises pour durer ?

P.F : Que les politiques nous lâchent, qu’on n’arrête de nous imposer comme on nous impose en ce moment : des normes, des 1000 feuilles qui se rajoutent toutes les semaines, ça devient compliqué. Il faut une simplification des choses. On stresse aussi de peur d’avoir oublié quelque chose sur une déclaration, un courrier… Ça devient très compliqué. On vit dans un monde où tout est tendu, où on est tous déçus.

M.C : Tu as dit qu’il fallait des « cojones » pour être entrepreneur. Mais pour toi le plus grand malentendu autour du métier d’entrepreneur n’est-il pas potentiellement en rapport avec les salariés ou le côté hiérarchie ?

P.F : Pour certains, l’entrepreneur est perçu comme quelqu’un qui ne fait rien et qui gagne de l’argent. Mais c’est faux.

Pour moi, comme pour beaucoup d’autres, c’est totalement faux. Si nous avons réussi et j’insiste sur le mot “réussi” c’est parce que nous avons travaillé. Et je pense que ce que nous avons aujourd’hui, nous le méritons.

Mais pour mériter ce que l’on a, il ne faut pas chercher à courir après l’argent. Moi, je n’ai jamais cherché à gagner de l’argent pour gagner de l’argent. J’ai cherché à faire ce que j’avais envie de faire : créer quelque chose, créer une entreprise, créer une ambiance, un lien, un univers qui me ressemble, avec des gens que j’apprécie, et travailler avec eux.

M.C : La dernière thématique, je l’ai appelée “transmettre et inspirer”. L’idée, c’est de s’adresser aux auditeurs, mais surtout aux personnes qui vont lire ce magazine. Si tu devais donner un conseil à quelqu’un qui hésite à entreprendre aujourd’hui, quel serait-il ?

P.F : S’il hésite, qu’il n’hésite pas. S’il a vraiment envie, s’il croit en son projet, qu’il fonce. C’est sûr, ce ne sera pas facile. Il y aura des obstacles, et il faudra les franchir. Mais s’il

« J’ai fait des choix qui auraient pu être dramatiques. »